" Telle une main tendue en direction de Paris, l'Alsace Bossue, composée de cantons de Sarre-Union, de Drulingen et d'une partiede celui de La Petite-Pierre, confère au département sa forme spécifique. C'est à la fin de 1793 qu'elle est rattachée au Bas Rhin, pour éviter d'ajouter une contrée à majorité protestante à la Moselle, département essentiellement catholique.

A l'Ouest de la Sarre, les formations argileuses du Keuper ont engendré une succession de collines et de dépressions aux formes douces, mais le calcaire coquillier ouvre la plus grande partie de la région et confère au paysage un aspect plus accidenté. La partie orientale se rattache aux Vosges du Nord. La Sarre du Sud au Nord et l'Eichel d'Est en Ouest échancrent ce plateau et constituent deux axes importants de communications.

Il existait aussi un artisanat de rayonnement international, comme la fabrication de chapeaux de paille à Sarre-Union. A l'heure actuelle, les transformations métallurgiques à Drulingen et Sarre-Union ont pris la relève, mais il reste un artisanat de qualité tel que coutellerie, orfèvrerie et cristallerie à Wingen-sur-Moder, la fabrication d'orgues à Sarre-Union, les tailleurs de pierre des Vosges du Nord....

Du point de vue linguistique, l'Alsace Bossue fait partie de l'aire de peuplement francique comme la Lorraine germanophone.

L'empreinte lorraine reste déterminante dans le patrimoine architectural. La brillante civilisation romaine, présente pendant quatre siècles, a laissé d'innombrables traces. Les témoins les plus célèbres sont l'église protestante, les bains et le mithraeum à Mackwiller, le cadran solaire de Bettwiller. Il reste en revanche peu de monuments romans. Le gothique a produit le clocher-coeur de Wimmenau, puis la superbe église de Domfessel construite vers 1330-1340. Weyer possède le seul clocher rond typique du XIVe et Waldhambach un clocher octogonal sur base carrée du XIIIe s. D'autres monuments ou éléments gothiques s'observent à La Petite-Pierre (le choeur), à Harskirchen, Berg, sans oublier les châteaux de La Petite-Pierre et Sarrewerden. Quant aux fresques de La Petite-Pierre, elles comptent parmi les plus anciennes d'Alsace. La Renaissance a également laissé des traces dans de nombreux villages avec les superbes châteaux de Diedendorf, Lorentzen et Asswiller, la chapelle Saint-Louis et la maison des païens à La Petite-Pierre, les maisons à oriels de Sarre-Union et Sarrewerden, l'hôtel de ville d'Oermingen... Le XVIIIe s. se singularise par les églises d'inspiration baroque élevées sous la direction de Stengel, le célèbre architecte des princes de Nassau (Harskirchen, Berg et Lorentzen). La rive gauche de Sarre-Union, ancienne capitale des comtes de Nassau, appelée Ville Neuve, construite d'un jet au début du XVIIIe s., est à elle seule avec l'hôtel de ville, l'église luthérienne, le temple réformé et ses maisons un musée vivant. Du XVIIIe s., l'Alsace Bossue a également conservé de nombreuses sculptures et peintures comme saint Georges terrassant le dragon à Sarre-Union, une vierge triomphante du maître-autel à Sarrewerden, la chaire de l'église protestante de Harskirchen et les peintures de Diemeringen, Harskirchen et Sarre-Union.

La maison rurale est une maison bloc de plan carré ou rectangulaire, la longueur étant alors parallèle à la rue. Un espace commun, l'usoir, sépare la maison de la route et permet de stocker le fumier, le bois et les outils... Très souvent un appentis, nommé "Schopp", se place devant la partie exploitation et sert à abriter, en hiver, le bois et certains outils.

Mais c'est sa porte d'entrée qui fait la beauté et la richesse de toute la maison. Elle est d'inspiration Renaissance jusque vers 1700 puis de style baroque pendant le XVIIIe s. et d'inspiration néo-classique après 1800.

Toutes ces particularités ont été forgées au cours de l'histoire. Densément peuplée depuis la nuit des temps, l'Alsace Bossue recèle tant des objets du paléolithique, de nécropoles celtes, des enceintes fortifiées protohistoriques (Ratzwiller, Waldhambach) que des vestiges romains. Mais ce sont les comtés individualisés aux XIe et XIIe s. qui donnent à la région ses limites : le comté de la Petite-Pierre, aux mains des princes palatins jusqu'à la Révolution, la seignerie de Diemeringen dirigée par les Rhingraves, l'avouerie de Herbitzheim propriété des comtes de Nassau-Sarrebruck qui héritent aussi de l'important comté de Sarrewerden et le gardent jusqu'en 1793.

Bockenheim (rive droite de Sarre-Union) et Sarrewerden, anciens fiefs de l'évêché de Metz, sont passées aux mains des Lorrains de 1681 à 1766 puis dans celles des Français. Certains villages, abandonnés à partir du Moyen Age, sont repeuplés par des huguenots lorrains en 1559. Une deuxième vague arrive après 1685, suivie d'immigrants suisses qui occupent les villages vidés pendant la guerre de Trente ans.

Ainsi les vicissitudes de l'histoire ont contribué à l'individualisation de cette partie du plateau lorrain intégrée au département du Bas-Rhin. "

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